Les MOOC changeront-ils les règles de jeu?

Depuis le début de l’année, le terme « cours en ligne largement ouvert » (massive open online course, ou MOOC) a énormément captivé l’attention. Le cours en ligne largement ouvert est une innovation canadienne, qui est considérée comme un développement majeur dans l’éducation. De nouvelles entreprises et organisations (Coursera, edX, Udactity, la People's University, etc.) ont été fondées grâce à un capital de risque provenant du secteur privé ou à de fonds de dotation des universités, avec pour résultat que de nouveaux MOOC ont été lancés presque chaque semaine.

Offerts gratuitement aux apprenantes et apprenants, les MOOC sont des cours en ligne de qualité supérieure qui sont proposés par des universités parmi les plus prestigieuses au monde. Les étudiantes et étudiants s’inscrivent, étudient les contenus des cours magistraux vidéo et les matériels associés, et effectuent les évaluations notées par ordinateur. Dans certains cours, ils participent en ligne à des conversations et des activités avec des pairs. À la fin du cours, ceux qui le désirent peuvent obtenir une lettre d’achèvement. Bien que cette lettre ne soit pas l’équivalent de crédits attribués par un établissement d’enseignement reconnu, elle énonce clairement que l’apprenante ou apprenant a terminé et réussi un cours particulier.

Les MOOC sont vus comme étant des agents de transformation. Ils mettent à la portée d’un nouveau segment de clientèle un marché de cours destinés aux personnes qui veulent apprendre, mais ne cherchent pas à obtenir des crédits. Ainsi, les MOOC favorisent la disponibilité gratuite de connaissances et de compétences de classe mondiale.

Cependant, les MOOC semblent de plus en plus poser une menace envers les offres de cours conventionnels des universités et collèges traditionnels. Plusieurs critiques les dénigrent principalement pour trois raisons : les taux de décrochage sont élevés, les étudiantes et étudiants ne peuvent pas obtenir des crédits menant à un titre de compétence et le modèle de fonctionnement est médiocre.

Les critiques

La première critique touche les taux de décrochage élevés. Une fraction seulement des personnes qui commencent les cours reçoit des lettres d’achèvement à la fin. Dans un des cas, un seul cours a attiré 125 000 apprenantes et apprenants, dont 38 000 ont obtenu une lettre d’achèvement. Toutefois, ces nombres doivent être placés dans le contexte approprié. En général, quand ce cours est enseigné de manière traditionnelle, environ 35 étudiantes et étudiants le terminent avec succès annuellement. Une seule offre de ce MOOC produit donc l’équivalent du nombre sur 100 ans d’étudiantes et étudiants qui réussissent ce cours.

La deuxième critique affirme que les étudiantes et étudiants ne peuvent se servir de la lettre d’achèvement pour contribuer à l’obtention du titre de compétence désiré. Mais deux nouveaux développements ont changé cette situation. Le premier est que certaines universités offrant des MOOC proposent maintenant la possibilité d’obtenir des crédits (entre autres, la University of Washington). Le second, plus récent, est que l’organisme américain d’évaluation des crédits, qui est largement utilisé aux fins de l’évaluation des acquis antérieurs et des titres de compétences étrangers, a accepté d’évaluer l’étudiante ou étudiant ayant des lettres confirmant l’achèvement de MOOC contre des frais modestes de 40 $.

La troisième critique déclare que le modèle de fonctionnement du plus gros fournisseur de MOOC (Coursera, qui est réputé avoir 1,7 million d’étudiantes et étudiants) n’est pas viable. La réponse à cette assertion est que tout le monde a dit la même chose au sujet de Facebook, de LinkedIn et de Google lors de leur démarrage. Bien que leurs revenus ne proviennent évidemment pas des frais de scolarités versés par les étudiantes et étudiants, les sociétés de capital de risque ne sont pas reconnues pour leur générosité : quand ils investissent, ils voient la durabilité de ces développements et s’attendent à un rendement du capital investi.

Alors, quelle devrait être notre interprétation de ce phénomène?

Cerner un nouveau marché

L’enjeu clé pour le secteur de l’éducation postsecondaire consiste à trouver des étudiantes et étudiants et à leur donner accès à de nouveaux marchés. En Amérique du Nord de nos jours, les taux de croissance des inscriptions à des cours semestriels conventionnels donnés dans des classes en face-à-face par des collèges et universités plafonnent entre 1,5 et 2 % chaque année. Par contre, l’apprentissage en ligne enregistre de nos jours une augmentation de 10 % annuellement.

Les MOOC offrent la flexibilité, un accès abordable ainsi qu’un achèvement accéléré, et ce, à des coûts peu élevés pour les personnes qui désirent simplement apprendre. Les gens de la génération du baby-boom et d’autres adultes, qui veulent approfondir leur compréhension et leurs connaissances, constituent des marchés nouveaux et émergents. Alors que certains d’entre eux cherchent à obtenir un titre de compétence, la majorité des personnes qui suivent des MOOC s'intéressent plus à l’apprentissage qu'au titre de compétence.

Développer le nouveau marché

Après les débuts fracassants des MOOC à l’aube de 2012, le défi de ces cours en ligne largement ouverts est maintenant de développer un robuste marché de cours et de programmes provenant des meilleurs établissements d’enseignement. Ce nouveau mouvement, amorcé par un groupe initial des seize universités impliquées dans Coursera, comprend maintenant un total de près de 40 universités qui collaborent avec toutes les organisations offrant des MOOC. En outre, les collèges commencent à se joindre au mouvement, et il est aussi prévu d’y ajouter des programmes du niveau secondaire. Les MOOC sont vraiment sur une bonne lancée.

Il est possible dorénavant pour l’étudiante ou étudiant de choisir un MOOC offert par une de ces 40 universités environ, de suivre ce cours, de recevoir une évaluation, de participer à des activités avec des pairs et d’obtenir un ou des crédits, et ce, pour la somme de 40 $ US par l’intermédiaire du American Council on Education. Au fil de l’accroissement de la gamme des cours offerts, un grade d’associé sur deux ans pourrait être accordé pour des coûts inférieurs à 1000 $. Cela représente éventuellement un changement des règles de jeu : surtout à une époque où les coûts des cours sont en hausse en raison du déclin du taux des subventions gouvernementales aux établissements d’enseignement recevant des fonds publics, ce qui les oblige à augmenter les frais de scolarité des étudiantes et étudiants. Le coût équivalent au Canada d’un tel grade de deux ans avoisine les 10 000 $.

Développer la crédibilité de la marque

Les MOOC ont contribué à la reconnaissance de la marque. La couverture médiatique au sujet de ces cours a été vigoureuse et positive. Le New York Times et le magazine Fortune les considèrent comme des agents du changement des règles de jeu. Les intervenants derrière les MOOC ont veillé également à ce que les universités se joignant à la « famille » des MOOC jouissent d’une solide reconnaissance de leur marque non seulement à l’échelle locale ou nationale, mais aussi mondialement.

La crédibilité de cette démarche découle aussi du volume atteint. Quelque 1,7 million de personnes ont suivi des MOOC offerts par Coursera en 2012, et 500 000 personnes se sont inscrites à un MOOC auprès d’une autre organisation. Cela procure au mouvement des MOOC une crédibilité publique d’envergure.

Mettre à profit l’échelonnabilité

L’échelonnabilité est la clé pour mettre en place l’infrastructure requise par le modèle de fonctionnement des MOOC. Par exemple, deux cours de la University of Toronto ont attiré un total de 170 000 apprenantes et apprenants. Il faut que chacun de ces derniers soit en mesure d’avoir accès aux vidéos sur demande en utilisant leur propre technologie, puisque les MOOC fonctionnent sur le principe « apporter votre propre appareil ». Les systèmes d’évaluation doivent aussi être réactifs et fournir des rétroactions. De plus, il est obligatoire de gérer les enjeux liés à l’identité : certains fournisseurs de MOOC examinent actuellement des exigences d’identification biologiques (empreintes digitales, lecteurs d'empreintes rétiniennes et autres appareils apparentés). Ce sont tous des aspects de la gestion de l’expérience des apprenantes et apprenants.

La transition pour passer d’un ratio de 1 enseignant(e) pour une cohorte de 35 étudiant(e)s à un ratio de 1 enseignant(e) pour un nombre infini d’apprenant(e)s, pouvant terminer le cours et avoir l’option d’obtenir des crédits, change fondamentalement le travail de l’établissement d’enseignement. Une faculté universitaire qui décide d’offrir tous ses cours sous forme de MOOC pourrait avoir des milliers d’étudiantes et étudiants prêts à entamer les trois autres années d’étude sans qu’elle ait à engager de nouveaux coûts. Les fournisseurs de MOOC ont bâti une infrastructure qui permettrait de réaliser cette possibilité.

Mais il subsiste encore des besoins grandissants d’améliorer la qualité des matériels pédagogiques qu’utilisent les étudiantes et étudiants : les vidéos d’enseignement, les tests d’évaluation et les travaux de cours examinés par des pairs. Les fournisseurs de MOOC travaillent actuellement à trouver des solutions à ces questions.

Ajouter au succès initial

Alors que les MOOC sont sur le point de conclure leur première année de fonctionnement, le prochain défi à relever sera d’ajouter au succès initial qu’ils ont connu. Cela exigera d’offrir un choix plus ample de cours, davantage d’options pour obtenir des crédits, plus de variété des niveaux de cours disponibles (depuis les cours secondaires et la formation d’apprentie et apprenti jusqu’aux programmes collégiaux et universitaires, incluant la maîtrise et le doctorat) et une augmentation des occasions permettant l’engagement de l’apprenante ou apprenant. Tous ces aspects font partie de la réflexion que l’on retrouve dans les études de recherche portant sur les MOOC, ainsi que dans les textes des entrevues réalisées avec des fournisseurs de MOOC.

Les MOOC changeront-ils les règles de jeu?

Les cours en ligne largement ouverts (MOOC) ont déjà réussi à modifier la conversation sur la viabilité de l’apprentissage en ligne et sur l’idée de l’échelle. Des universités et des collèges commencent à se rendre compte que le modèle de 1 enseignant(e) pour 30 ou 40 étudiantes et étudiants n’est plus le seul modèle possible. Ils examinent donc les modèles utilisés par les universités en ligne depuis plusieurs années, qui séparent la conception et l’élaboration de la prestation et du déploiement. Les MOOC démontrent aussi la possibilité de séparer l’apprentissage de l’évaluation liée à l’obtention de crédits : c’est une démarche prometteuse, ayant un énorme potentiel de susciter un changement transformateur.